Je retiendrai trois hypothèses, trois lieux de travail

  • mardi 04 septembre 2018

Vidéo (5:46s) - Le point de vue de Paul Frimat, président de l’ISTNF, sur les évolutions de la santé au travail, après la publication des rapports remis au gouvernement.

Retranscription du contenu de la vidéo de Paul Frimat :

"La santé-travail fait partie semble-t-il des quatre objectifs prioritaires du gouvernement, avec les partenaires sociaux. Qu’en sera-t-il ? Je pense que c’est une chance pour notre discipline, notre métier, de réaliser ce changement santé-travail, à la fois avec le rapport de Charlotte Lecocq et le mien sur la problématique de la traçabilité des agents chimiques dangereux. Je retiendrai trois hypothèses, trois lieux de travail.

Tout d’abord, l’entreprise : l’entreprise, il est indispensable qu’elle devienne actrice de sa propre santé, santé économique, santé sociale et bien entendu celle de ses salariés ; et l’entreprise c’est aussi le CSE, de façon à ce que employeurs et salariés mettent en place une véritable politique de plans de prévention, de plan santé-travail, comme le souligne le rapport Lecocq, et mette en place une véritable évaluation du risque, avec le risque chimique et en particulier ce dossier. Curieusement, si vous avez lu les rapports, vous constatez que les médias actuels, en ce qui concerne le rapport agents chimiques dangereux, ne se positionnent que sur les amendes administratives. C’est quand même curieux, alors que la priorité de ce rapport c’est la prévention primaire. Et aucun journaliste d’ailleurs ne s’interroge sur le fait de ces amendes administratives, qui ont pour but de remplacer l’inefficacité du dispositif juridique, puisque 95% des mises en demeure par les inspecteurs du travail pour l’absence de document unique sont classées sans suite. Donc effectivement, premier enjeux, que l’entreprise retrouve sa place, que le CSE retrouve sa place, et que les partenaires sociaux prennent en compte cette évolution de la santé-travail.

Deuxième hypothèse, c’est la région, c’est notre territoire, ce sont les Hauts-de-France : grâce à l’ensemble des services de santé, interentreprises et d’entreprise, avec la MSA et grâce à l’Institut de santé au travail, on a développé un savoir-faire, fait de mutualisations, de rencontres, en lien bien sûr avec nos collègues de la Carsat, de l’OPPBTP, de l’Aract. Intérieurement, créer une « entité territoriale » - je me rappelle qu’avec Françoise Conso, dans le cadre d’un précédent rapport, nous avions évoqué la notion d’agence régionale de santé-travail, bien entendu ce n’est pas ce dispositif là qu’il faut pousser -, c’est bien la mise en place d’un dispositif de gouvernance privée, qui va avoir intérêt à mutualiser, à organiser, l’ensemble de ces approches, avec les différents organismes de prévention. Je pense qu’on y a à gagner, il y a un vrai intérêt de réorganisation territoriale, avec mutualisation des moyens et, bien entendu, aussi, utilisation des différentes compétences, en particulier, d’ingénieurs, de sociologues, ou d’autres acteurs de ces disciplines. C’est vrai que l’Institut, avec les services de santé au travail, réfléchit, avec l’aide des autres organismes de prévention, à mettre en place une expérience : si le ministère nous y autorise, on en reparlera.

Troisième grand vœux : nos services. Effectivement, il y aura toujours à répondre aux besoins de santé des salariés, il y aura toujours besoin de prendre en charge le salarié en difficulté dans le cadre d’un maintien dans l’emploi, il y aura toujours besoin de conseiller l’employeur dans sa démarche de prévention - parce qu’il en existe -, et en particulier les TPE et les PME. Je n’ai pas d’inquiétude sur le rôle des services de santé au travail. Encore faut-il que l’on s’organise, que l’on se mutualise, que l’on se donne les moyens d’outils informatiques, de transférabilité des données. Si effectivement on a un dossier agents chimiques dangereux collectif qui vient de l’entreprise, c’est au service de santé au travail à assurer la traçabilité et donc à inscrire dans le dossier médical santé-travail individuel un certain nombre de données qui, je l’espère, finiront dans le dossier médical personnalisé, car on sera autorisé à utiliser le numéro de Sécurité sociale. On le voit bien, dans ce cas, la santé au travail devient bien un maillon, un maillon essentiel du parcours de soin pendant l’ensemble de l’activité professionnelle du salarié.

Mais pour cela il faut qu’on monte en compétence, monter en compétence en termes d’utilisation d’outils, de transfert de données, de suivi, de conseils, et d’arriver effectivement à mieux organiser cette prise en charge, ce guichet unique dont parle Charlotte Lecocq, dans le cadre de la réponse aux besoins de santé des entreprises. N’ayons pas peur. C’est vrai que cela risque de changer les organisations. Si on va jusqu’au bout, des conseils d’administration vont disparaître, mais il y aura toujours, effectivement, des équipes pluridisciplinaires à développer en termes de territoire, et des outils à développer en lien avec les différents organismes, et des actions collectives où l’Institut de santé au travail trouvera sa place dans le cadre de la formation, dans le cadre d’indicateurs, dans le cadre d’organisation de journées d’études."