Ariane LEROYER

  • jeudi 21 juin 2018

« Nous invitons les équipes de santé-travail participant à l’enquête Evrest Intérim à nous retrouver le 29 juin pour discuter de ce qu’ils vivent sur le terrain »

Ariane Leroyer, MCU-PH, Université de Lille, CHRU de Lille, membre de l'équipe projet nationale Evrest, fait le point sur l'enquête Evrest intérim entamée à la fin de l'année 2017 dans les Hauts-de-France et invite les équipes de santé-travail ayant participé au projet à une première rencontre collective le 29 juin à Loos, dans les locaux de l'ISTNF, pour faire le point sur l'état d'avancement de l'enquête.

ISTNF. Pourquoi travailler sur le sujet des intérimaires ?
Ariane Leroyer.
L’opération a démarré à l’automne dernier sous l’impulsion du docteur Brigitte Leroyer, de Pôle santé travail. Elle avait fait une enquête sur les intérimaires dans le BTP. Nous n’avons que très peu de données sur ce type de public en termes de santé : ils passent à travers les mailles du filet de la plupart des enquêtes réalisées en santé au travail. Nous avons donc repris le projet à un niveau régional. Le profil de l’intérimaire est assez hétéroclite. Cependant, le plus souvent, il s’agit d’hommes, âgés de moins de 30 ans, souvent ouvriers, peu diplômés, qui rencontrent des difficultés pour trouver un emploi. Mais d’autres sont des « professionnels » de l’intérim ; ils sont généralement plus âgés, et ont des qualifications pointues et recherchées.

ISTNF. Quels sont les critères d’inclusion ?
AL.
Afin de pouvoir les interroger sur leur travail, il faut qu’ils aient soit au moins 2 mois d’ancienneté dans l’emploi actuel, soit au moins 3 mois d’ancienneté dans l’emploi précédent, si celui-ci date de moins de 2 mois. Les intérimaires n’ayant que de courtes périodes d’emploi, ceux changeant souvent de mission, ne sont pas retenus dans l’enquête, car il est alors difficile de les faire parler d’un poste de travail. Nous posons également des questions sur l’information reçue, les risques perçus pour la santé et les équipements de protection individuels. On s’est aussi intéressé à la santé sociale. Un score Epices est intégré, permettant d’explorer d’autres aspects de la vie des salariés : les difficultés financières, les amis, le logement, les soutiens dont ils peuvent bénéficier ou pas. Ces informations devraient nous permettre de mieux situer le public.

ISTNF. Qui participe à l’enquête ?
AL.
L’enquête est proposée, via le réseau Evrest, à toute équipe santé-travail intéressée par cette question. Certains médecins du travail se sentent très concernés, car ils ne rencontrent dans leur effectif quasiment que des intérimaires ; ces médecins se posent beaucoup de questions concernant le suivi de ce public, ils sont très intéressés par le sujet. Le projet a évolué : quand l’enquête a démarré, on était parti sur les intérimaires nés en octobre, puis on a élargi ; on pensait faire l’enquête sur six mois et on a relancé l’enquête sur un an. Beaucoup de régions sont intéressées et voudraient s’inspirer du projet que nous menons dans les Hauts-de-France. Il faudra voir par la suite s’il est pertinent de reconduire l’opération de façon plus large en utilisant le réseau Evrest national.

ISTNF. Où en est l’enquête actuellement ?
AL.
450 intérimaires ont été interrogé, d’ici septembre on en espère 650, ça permettra une analyse intéressante. La collecte des données se termine en octobre, mais le réseau constitué devra travailler sur l’ensemble du matériel récolté, issu à la fois du questionnaire, mais également des verbatim des salariés. Il faudra rendre des résultats de façon la plus opérationnelle possible pour les professionnels de santé au travail. C’est un projet collectif initié par les médecins du travail : l’université n’est là qu’en appui. Il est toujours possible de se joindre au projet, même pour quelques fiches. Les infirmiers sont également concernés, ils travaillent sous la responsabilité du médecin inscrit dans le réseau Evrest. Nous invitons les équipes de santé-travail participant à l’enquête Evrest Intérim à nous retrouver le 29 juin pour discuter de ce qu’ils vivent sur le terrain, pour comprendre les réponses apportées, afin qu’ils nous expliquent les situations concrètes auxquelles ils sont confrontés.