Le maintien dans l’emploi fait partie des priorités des services de santé au travail

  • mardi 15 octobre 2019

Ne rougissons pas de nos projets, on parle trop peu de façon positive des actions portées par des SST, on s’intéresse trop souvent aux interprétations données par les médecins du travail en matière d’inaptitude, la question du maintien dans l'emploi n’étant pas retenue comme prioritaire.

L’action spécifique menée par exemple sur la Côte d’Opale, par Pôle emploi et l’Astil, doit être continuée, la fiche navette réalisée par Comète France, l’Astil et le groupe STME est indispensable ; pourquoi le salarié ne transmet-il pas les informations ? Le système santé-travail reste-t-il un système d’assurance, destiné, comme il avait été imaginé en 1946, à répondre à un besoin d’évaluation des risques pour l’employeur, ou évolue-t-il vers une prise en charge tout au long de la vie du salarié, de son premier emploi à la retraite ? Tous ensemble, c’est bien ce second point que l’on souhaite développer. L’employeur a des responsabilités à faire valoir, mais les problématiques de prévention sont inscrites dans le PNST3 et dans le PRST3, c’est ce qu’il faut développer. Le maintien dans l’emploi fait partie des priorités des SST. Je comprends que certains collègues peuvent avoir des difficultés sur tel ou tel dispositif, mais il faut penser à une équité de traitement d’un territoire à un autre, car ce n’est pas normal qu’un salarié en difficulté ne puisse pas bénéficier d’un suivi parce que son médecin du travail ne maitriserait pas le dispositif.

C’est vrai, le maintien dans l'emploi figure en tant que mission des SST depuis 2011, les décrets seront peut-être modifiés à l’avenir, mais ce n’est pas une difficulté, car l’enjeu c’est bien la désinsertion professionnelle : les arrêts longs coûtent cher, ils découlent des maladies chroniques, que met-on en place derrière ? Retrouver ou conserver une capacité de travail, pour le salarié, c’est une nécessité. Un amendement est passé dans la loi Santé ; le dossier médical de santé-travail fera partie du dossier médical partagé (DMP), mais l’information ne circulera que dans un sens ; j’attends de voir les décrets. Si j’insiste sur ce point, c’est parce qu’il est indispensable qu’il y ait un lien entre les deux dossiers, et que le salarié, dépositaire de ses dossiers, décide de transmettre l’information. Il est important de gagner du temps. Dans la problématique AT/MP, les lenteurs administratives sont augmentées par le fait que les protagonistes ne se connaissent pas. Au sein du DMP, les médecins pourront échanger.

La procédure de reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) prend du temps, pourquoi le SST ne déclencherait-il pas cette procédure en lien avec les acteurs de terrain : l’important c’est de permettre au salarié de bénéficier d’un suivi… Je reprends le sujet de la fiche navette, c’est un dispositif qui devrait être mis en place dans tous les SST : quand un salarié bénéficie d’une prise en charge, ce sont les liens santé et santé-travail qui sont renforcés. Derrière, pour avancer, il faut utiliser le termes "pratiques avancées" en santé-travail, arriver à créer cette nouvelle filière pour concevoir que le médecin du travail puisse déléguer un certain nombre de pratiques. Une visite de pré-reprise pourrait être faite par une infirmière de pratiques avancées qui renverrait vers le médecin en cas de difficulté, idem pour les maladies chroniques : ça se fait en cancérologie, pourquoi pas en santé-travail ? Attention pourtant, il faut que le médecin du travail reste le spécialiste des interactions travail-santé, alors que les dossiers seront de plus en plus complexes.

En matière de maintien dans l’emploi, sur le terrain, on peut compter près d’une dizaine de partenaires compétents, il y a une réflexion à apporter, pour être plus efficace, pour mutualiser les systèmes, dans le cadre du dispositif de prévention de la désinsertion professionnelle, on pourrait faire plus simple. On pourrait considérer que les SST soient chargés de la désinsertion chez le salarié en activité, et, à partir du moment où le salarié n’est plus en emploi, la compétence serait celle de Pôle emploi, alors que la Carsat développerait la prévention de la désinsertion professionnelle quand l’acteur serait malade… C’est un objectif à prendre en compte dans le cadre de l’évolution des SST. Il faut également mettre au point une coordination entre les acteurs pour arriver à évaluer les dispositifs, à grand renfort d’indicateurs, de suivis, car il faut que l’on puisse justifier nos actions. Plutôt que de dire « il nous manque des moyens », les CA, au sein des SST, doivent initier des démarches positives : l’avenir des SST est entre nos mains.

Dans ce dispositif précarité, désinsertion, comment accompagner l’entreprise ? Les grands groupes ont une organisation, mais dans les établissements de moins de 50 ou 10 salariés… l’enjeu est là, pour l’entreprise moyenne le SST se résume encore trop souvent à une visite médicale : il faut montrer que les SST participent aux politiques de prévention primaire et accompagnent les salariés tout au long de leur vie. Pendant longtemps, quand quelqu’un était malade on le mettait en invalidité, il faut arrêter de gérer cette seule gestion sociale des problématiques santé-travail. Le maintien dans l'emploi fait partie des compétences de l’employeur, comment s’y prend-il pour maintenir dans l’emploi ? C’est une question de formation, une personne au même poste pendant 40 ans doit pouvoir être formée, il y a une logique de territoire à développer, il faut coacher les entreprises. Le guichet unique dont parle le rapport Lecocq peut être compris comme une forme de coaching, une obligation d’accompagner les petites entreprises dans des démarches de prévention.

Paul FRIMAT, professeur émérite, président de l’ISTNF