Accompagnement santé, social et travail des apprentis

  • mardi 28 août 2018

Portrait croisé de 4 intervenants sociaux en CFA.

Il et elles ne sont ni formateur.rice.s ni encadrant.e.s. Il et elles sont avant tout une écoute, un chemin vers la solution aux problèmes de la vie. Ces problèmes qui pénalisent le bon déroulement de la formation, impactent la santé, le bien-être, et entravent la réussite.

  • Laetita Argentino est Assistante de service social du travail (SSTRN). Elle intervient en tant que prestataire à l’UFA SIADEP du CFA régional de la CCI Hauts-de-France.
  • Marion Grégoire est « Référente sociale » au CFA ADEFA. Ce qui représente un mi-temps sur son activité de chargée de missions.
  • Guillaume Coens est « Intervenant social » à l’Université Régionale des Métiers et de l’Artisanat (URMA) pour les établissements de la Côte d’Opale. Il exerce lui-aussi auprès des apprentis et des stagiaires de la formation adulte. Il est également référent handicap pour le CFA.
  • Lucie Lechon est « Développeur apprentissage » au CFA AFTRAL (Apprendre et se former en Transport et Logistique). Elle exerce au sein du Service Emploi du CFA. Elle participe au recrutement des nouveaux stagiaires et assure le suivi des apprentis.

L’aide individuelle

A la demande des apprentis ou sous l’impulsion d’un formateur, ces Intervenants accueillent toute personne ayant des difficultés dans la poursuite de sa formation. Il peut s’agir :

  • de difficultés sociales, comme le logement, l’alimentation ou l’accès aux droits,
  • de la santé, comme une grossesse nondésirée, une addiction,
  • ou un problème relationnel en entreprise, en CFA ou dans la sphère familiale.

Une aide financière peut-être déployée grâce au Fond Social des Apprentis. Un accompagnement dans les démarches d’accès à d’autres aides peut être également apporté.

La collaboration étroite avec l’équipe pédagogique permet aussi d’orienter les apprenants qui éprouvent des difficultés scolaires, comme l’illettrisme ou les troubles de l’apprentissage. Guillaume Coens est aidé par des compétences externes, notamment Avenir Pro 62. Il travaille avec les formateurs pour proposer des outils de repérage plus approfondis et adapter la pédagogie. Pour les situations de handicap, de manière générale, un accompagnement peut être apporté dans les démarches RQTH et l’adaptation des examens.

Pour ce qui est du bien-être et des conditions de travail en entreprise, les intervenants sociaux n’ont pas de contact direct avec les maitres d’apprentissage ni les employeurs. A l’exception de Laetita Argentino à qui il arrive de prendre des contacts au sujet de la mutuelle d’entreprise obligatoire : « Certains jeunes n’osent pas ou ne se sentent pas capables d’interpeller eux-mêmes leur direction. Je peux donc le faire à leur place, avec leur accord et en leur présence. Ce premier contact effectué, c’est aux jeunes de reprendre le cours des choses. Ils sont acteurs de leur parcours ».

En effet, dans la plupart des cas, l’accompagnement individuel suffira pour aider le jeune à faire évoluer de lui-même sa situation de travail. Dans les cas complexes et avec l’accord du jeune, une alerte est portée au formateur principal ou au « médiateur entreprise » qui prendra le relai (voire à la direction du CFA si la situation le nécessite).

Pour aller plus loin, l’équipe de Lucie Lechon a mis en place un questionnaire à destination des maîtres d’apprentissage : « Il s’agit d’appréhender la perception du bien-être, l’épanouissement personnel et professionnel du jeune, ses relations dans l’entreprise en général. Le point de vue du tuteur entreprise est important ; il marque l’intérêt porté au jeune. ».

La disponibilité, l’écoute, la confidentialité sont la base de la pratique professionnelle des intervenants sociaux. S’agissant de jeunes en formation par alternance, l’obligation de secret professionnel est aussi de mise. Des cellules d’écoute (ou Point écoute) sont mises en place de façon régulière et les coordonnées des intervenants sont communiquées. « Les jeunes utilisent plus facilement les mails et SMS que le téléphone », précise Marion Grégoire.

L’action de groupe

La mission des intervenants sociaux est aussi collective. Lucie Lechon rencontre toutes les classes d’apprentis 3 fois par an pour faire connaître le dispositif d’accompagnement et échanger sur la dynamique du groupe. Laetitia Argentino participe au Forum santé organisé tous les ans par l’UFA : « ce temps de rencontre permet changer l’image et les représentations qu’ont les apprentis sur l’accompagnement social ».

Guillaume Coens met en place des Animations socio-éducatives sur différents sujets. Un Forum santé-travail a ainsi été organisé en 2018 avec le CEDEST au CEFRAL de Dunkerque. Il a lui-même été formé par l’ANPAA pour animer des ateliers « Addiction, ça tourne » auprès des jeunes. De plus, il facilite et met en place les actions de prévention de la CPAM dans les centres où il opère. Marion Grégoire souhaite, quant à elle, développer cette activité collective qui est encore très ponctuelle dans ses UFA. Une première journée sur le thème de la santé sera organisée avec les apprentis du CFA en 2019.

L’apport à l’équipe pédagogique

« Les formateurs sont très satisfaits de ce dispositif » témoignent unanimement les intervenants. Les formateurs se disent souvent démunis face aux problèmes des apprentis. Ils n’ont pas la disponibilité ni les moyens de répondre aux besoins des apprentis en matière de santé et de social. Besoins qui leur sont parfois exprimés directement car les jeunes se sentent en proximité et en confiance avec eux.

La présence de personnes compétentes et dédiées au sein des CFA permet une collaboration directe et facilite le suivi du jeune. Avec l’accord de l’apprenti, les formateurs peuvent être informés de tout ou partie d’une situation. Ce qui permet d’adapter la formation et d’assurer la réussite autant que possible.

Une mission en développement

Les 4 intervenants observent une prise en compte de plus en plus importante par leur CFA de la plus-value de l’accompagnement social dans la conduite plus large de la formation. A l’ADEFA, c’est une marque de fabrique. Le site internet titre d’ailleurs : « Un accompagnement complet et sur mesure ». Les permanences de proximité en UFA se développent pour proposer davantage de face-à-face. A l’AFTRAL, les équipe se renforcent pour couvrir davantage d’UFA et porter de nouveaux projets. Le suivi des apprentis est renforcé avec de nouveaux outils et de nouvelles approches. A l’URMA, l’intervention sociale est instaurée depuis de nombreuses années. Les partenariats se développent pour étoffer l’offre thématique et construire des passerelles avec les structures. Au CFA régional de la CCI, les Points écoutes se développent avec une diversité d’intervenants. Une dynamique régionale est impulsée pour harmoniser les actions proposées dans les différentes UFA.

Une mission d’avenir

Les intervenants sociaux concourent à l’insertion et/ou au maintien en formation des apprentis en levant les freins qu’ils peuvent rencontrer. Leur action contribue à ce que les formateurs puissent se consacrer pleinement à leur mission première sans être surchargés par les problématiques sociales de leurs apprentis.

Il ne fait aucun doute, avec la réforme de la formation professionnelle à venir, que l’accompagnement global de l’apprenti sera une marque de qualité et un gage de performance pour les CFA. Pouvoir mener les jeunes jusqu’à la réussite nécessite une prise en compte large de l’apprenti, sur toutes ses dimensions. Les difficultés sociales, de santé ou d’apprentissage sont autant de freins à l’obtention d’une qualification et à l’accomplissement professionnel.

De nombreux CFA en région Hauts-de-France ont pris le pas de cet accompagnement global ; les actions exemplaires foisonnent et le programme régional « santé des apprenti-es », unique en France, soutient leur développement.

Et qu’en est-il de l’accompagnement des entreprises et des maîtres d’apprentissage pour la santé et la sécurité des apprentis ? Rendez-vous prochainement pour étudier ce sujet…